A l’écoute des derniers potins et rumeurs malveillantes, il semblerait que la mairie de LATOUR DE FRANCE envisagerait l’expérimentation d’un système de planification et de contrôle du nettoyage de la voirie similaire à celui mis en place depuis deux ans par la mairie de Gérone et comme elle d’imposer à ses balayeurs de porter une balise GPS pour être localisés pendant les heures de travail.

À Gérone en Espagne, la polémique grandit depuis quelques semaines, autour d'un projet que l'on pourrait facilement qualifier d'orwellien. Comme le rapporte France Bleu, les balayeurs et nettoyeurs ont désormais pour obligation de porter une balise GPS lorsqu'ils travaillent sur la voirie, suscitant la colère des syndicats. Depuis 2 ans déjà, la municipalité catalane utilise un système de géolocalisation permettant aux habitants de consulter le calendrier de nettoyage des rues de la ville, un système rendu possible grâce à des GPS installés sur certains véhicules. Or, désormais le système va plus loin et impose aux 50 salariés balayant les rues de Gérone (environ 100.000 habitants) de porter un GPS dans leur poche durant leurs heures de travail, une première dans une grande ville espagnole.

Un moyen de pression déguisé en service d'information pour les habitants

La mesure a été mal accueillie par le personnel, qui a le sentiment d'être surveillé par la ville et par la société mixte qui les emploie, et une manifestation a déjà eu lieu en décembre. Pau Galvez, l'un des responsables du syndicat CCOO, accuse sans détour la municipalité, qui ne respecterait pas les droits fondamentaux des travailleurs : il s'agirait d'une manière de faire pression sur les employés afin de les pousser à parcourir plus de kilomètres chaque jour. Pour Éduard Berloso, le maire adjoint en charge des services, le but des GPS n'est pas de contrôler les employés, mais simplement d'améliorer l'information destinée aux habitants, via un site internet spécialisé : «grâce au GPS, le citoyen pourra savoir si sa rue a été nettoyée ou pas».

Pour Force Ouvrière, «la puce GPS remplace le chef d'équipe»

Sans surprise, la décision de Gérone provoque une certaine méfiance chez les représentants de salariés français. Dominique Régnier, secrétaire fédéral FO service public, interrogé par Le Figaro, s’indigne : «on a déjà des véhicules équipés de balises, mais un contrôle individualisé est proprement scandaleux». Le syndicaliste ne nie pas l'utilité de certaines technologies : «certaines choses sont intéressantes pour optimiser le travail. Le service public est là pour être efficace. Mais si c'est fait à des fins répressives...». Selon le représentant, d'autres objectifs pourraient également sous-tendre l'initiative : «la puce GPS remplace aussi l'encadrement de proximité». Le suivi des équipes à distance permet en effet de se passer d'un chef d'équipe, au contact de ses subordonnés : la surveillance permettrait ainsi des économies substantielles d'encadrement, au prix d'une mécanisation et d'une solitude au travail accrue pour les agents surveillés.

Une mesure de surveillance en contradiction avec les droits fondamentaux

Mais au-delà du tollé prévisible, une telle mesure pourrait-elle seulement voir le jour chez nous au strict plan juridique ? Interrogé par Le Figaro, maître Laurent Rabbé, avocat spécialiste du droit du travail et de la fonction publique, reste dubitatif : «je n'ai pas de connaissance d'un tel dispositif actuellement en France, mais il faudrait que ce soit particulièrement justifié par rapport à l'intérêt du service» pour être acceptable. «Une mesure de surveillance précise et individualisée se heurterait par ailleurs aux droits fondamentaux» des personnes, poursuit l'avocat, renvoyant à des textes comme la Déclaration des droits de l'homme de 1946, ou encore la Convention européenne des droits de l'homme. Un traité international qui concerne aussi l'Espagne, et donc les employés traqués de Gérone. Affaire à suivre : les syndicats espagnols envisagent en effet une action en justice.