Papa, j'ai vu Taubira à la télé ! Elle dit qu'il faut sauver la gauche !". "Ah bon…". "Maman dit que t'aimes pas Taubira. Et que c'est parce qu'elle est noire !". "Ta mère dit n’importe quoi. J'aime pas Taubira parce que c'est la reine des connes !".
Là j'ai méchamment marqué un point. Elle s'est tue. Pas longtemps.

"Taubira elle est bien de gauche ?". "C'est ce qu'elle dit. Mais c'est la gauche Assurancetourix, tu sais, le barde qu'on bâillonnait parce que les Gaulois n'en pouvaient plus de l'entendre brailler". "Ah !". "Taubira a dit qu'elle allait s'impliquer fortement dans la campagne des présidentielles". "Alors là pas de doute : c'est sûr que la gauche est foutue !".

"Bon, mais dis-moi, c'est quoi la gauche ?". "Euh…". "Pardon ?". "Euh…". "T'es nul de chez nul, tu devrais savoir !". "Euh…". "Et Hollande, tu l'aimes pas non plus ?". "Tu te trompes : j'ai voté pour lui !". "Hihihi !". Elle a ri et je souffle un peu. La trêve est de courte durée. "Papa, la gauche, c'est être pour les pauvres et contre les riches ?". "C'est ce qu'on a cru pendant longtemps. Aujourd'hui, les pauvres votent pour Marine Le Pen…". "Ça alors. Ils sont devenu fous ces pauvres !".

"Peut-être, mais dans ce cas, ce sont les mensonges de Hollande et de la gauche qui les ont rendus fous". Elle est tenace, têtue, avec de la vitalité à revendre. Et elle ne me lâche pas. "Il y en a plein qui se disent de gauche. Tu sais, celui à la marinière et les autres". "Ah oui, Montebourg". "C'est ça. Il est mignon !". "T'as pas l'âge, et de toute façon il est avec Aurélie Filippetti". "C'est qui ça ?". "Elle a été ministre de la Culture". "Et ça sert à quoi un ministre ?". "À dire du bien du président qui l'a nommé. Et à en dire du mal une fois qu'ils ont été virés".

"Mais si la gauche est foutue, pourquoi ils sont si nombreux à se dire de gauche ?". "Tu penses à qui ? à Mélenchon, Hamon, Lienemann, Montebourg, Laurent, Guedj, Cosse, Duflot ?". "Là, tu m'embêtes avec tous ces noms". "Ils sont petits et quand la gauche est petite, ils pensent tous qu'ils ont une vraie chance d'être à niveau". "Papa, dis-moi aussi pourquoi on parle tout le temps des musulmans dans cette campagne ?". "Euh…". "Mais nous, on n'est pas musulmans ?". "Arrête de faire l'idiote sinon je t'habille en burqa !". "Hihihi !". Elle a ri, je respire.

"Et quand on est musulman, on est de gauche ?". "Pas vraiment. Jaurès et Blum n'ont jamais évoqué le djihad comme étant un levier révolutionnaire pour que le monde change de base". "Ah ! On dit que t'es islamophobe". "Ah bon ! C’est nouveau, et puis pourquoi pas. Au XVIIIème siècle, j'aurais été cathophobe : nous sommes au XXIème siècle…". "Papa, est-ce que nous sommes de gauche ?". "Euh…". 

Stop, ça suffit ! Tu deviens chiante… Comme la gauche...