Après avoir répété son désormais légendaire « ça va mieux ! », le Président a déclaré ce vendredi dans l’Oise : « l’Etat prend intégralement en charge la baisse des cotisations familiales » dans le cadre de la nouvelle étape du Pacte de responsabilité. Même si François Hollande s’est bien gardé de rappeler que cette « nouvelle étape » a été retardée de 3 mois, l’essentiel est ailleurs : dans la rhétorique omniprésente d’un « Etat qui paie », comme s’il disposait de ses propres ressources, ce fameux « argent public », dont il oriente la répartition en fonction de « l’intérêt général ». 

Qu’on ne s’empresse pas de dénoncer ici un nouvel effet de « l‘idéologie socialiste » : la conviction est bien plus profonde et transpartisane : elle repose sur une culture étatiste très ancrée dans notre pays, remontant à l’Ancien Régime où « le Roi propriétaire éminent du Royaume », comme disait ses juristes, décidaient de la part à prélever sur le peuple, selon son « bon plaisir ». 

Rebaptisé « intérêt général » par la République, ce bon plaisir prospère depuis, tandis que « l’argent public » se voit revêtu d’une légitimité que ne saurait bien sûr avoir le vil argent privé, fruit de la cupidité individuelle. Conséquence logique : le prélèvement étatique n’a aucune limite a priori : cf la taxe à 75%. Car, si l’on y réfléchit bien, l’impôt n’est-il pas une opération de purification salutaire, une merveilleuse alchimie fiscale transformant les profits égoïstes en bons et purs deniers publics ? D'où les cris d’orfraie et l’indignation un rien hypocrite, à chaque affaire d’évasion fiscale, dénoncée par le concert des belles âmes comme une scandaleuse spoliation du bien commun… 

Mais il se pourrait bien que le consentement à l’impôt commence à vaciller devant les règles dérogatoires d’un Etat qui ne pratique pas la vertu financière qu’il impose férocement - tout comme le droit du travail - au secteur privé. Au-delà du détournement pur et simple de fonds publics, la pratique bien plus répandue d’une gestion laxiste de « l’argent public » demeure encore en France péché véniel. Pour l’année 2015, les saisines de la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF) se sont élevées en tout pour tout à… 23 ! Et la Cour de se féliciter que ce chiffre « relativement élevé » (sic) est « au-dessus de la moyenne constatée pendant la période 2006-2015 (15 saisines) » (rapport d’activité 2015 de la CDBF). On reste confondu devant tant de vertu gestionnaire de nos décideurs publics. Hélas, la multiplication des rapports à charge de la Cour des comptes ne permet guère d’y croire.

Mais le plus grave est ailleurs, comme le montre la politique actuelle du gouvernement de distribution de chèques : agriculteurs, fonctionnaires et jeunes. Catégories qui demandent pourtant tout autre chose : les agriculteurs, non des subventions, mais des prix rémunérateurs ; les fonctionnaires, non une hausse dérisoire du point d’indice, mais des vraies perspectives de carrière ; et les jeunes, non des indemnités, mais des opportunités. Qu’importe : l’Etat fait la charité à ses pauvres !