Vous connaissez le nom de notre ministre des Affaires Etrangères ? Ah vous croyez que c’est encore Laurent Fabius ? Vous vous trompez : il s’agit de Jean-Marc Ayrault, surnommé « Jean-Marc le taciturne » et, en version campagnarde, « Jean-Marc le taiseux ». Car depuis qu’il a pris ses fonctions au Quai d’Orsay, on ne l’entend pas beaucoup. Et c’est bien mieux ainsi.

Du moins s’il on en juge d’après sa pathétique prestation au micro de France Inter où il avait la rude tâche de justifier la remise de la Légion d’Honneur à Son Excellence Mohamed ben Nayef, prince héritier d’Arabie Saoudite. 

Cela s’inspire « d’une tradition diplomatique » a bafouillé M. Ayrault. Tradition diplomatique mon c… ! Plein de grands de ce monde sont passés par l’Elysée : Obama, Merkel, Poutine ou encore la Reine d’Angleterre … Ont-ils été décorés de la Légion d’Honneur ? En tout cas on peut être sûr qu’ils ne l’ont pas sollicitée. Ce qui n’est sans doute pas le cas du prince que nous aimons tant.

En soi, et pour être honnête, réaliste et même cynique, on se contrefout que Son Excellence Mohamed ben Nayef fasse mumuse avec son nouvel hochet. La Légion d’Honneur est chaque année donnée à n’importe qui, et le plus souvent à des obligés du pouvoir en place (il suffit pour s’en convaincre de regarder le 14 juillet la liste des récompensés). Mais alors pourquoi le faire en douce, en cachette, en catimini ? Pourquoi se dissimuler et se prendre les pieds dans le tapis, la presse saoudienne ayant fièrement annoncé la nouvelle ?

Sans doute que François Hollande avait honte, car l’Arabie Saoudite, comme modèle de vertu – on décapite là-bas tous les jours, un peu moins quand même que Daech – c’est assez moyen. Pourtant il n’y a pas de quoi avoir honte. Avec son geste, François Hollande s’est inscrit dans une belle et ancienne tradition. Celle des explorateurs blancs qui, abordant des rivages inconnus, distribuaient aux rois nègres de la verroterie et des colifichets. Les émirs du désert étaient, eux, mieux traités : ils recevaient des gramophones.