Migrants d’hier, migrants d’aujourd’hui. Comme un air de déjà vu au début des années 30.

A cette époque, des centaines de milliers de réfugiés, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont quittés l’Allemagne, la Pologne, les pays baltes, fuyant le nazisme, et se heurtèrent à des frontières fermées. Quelques mois après la prise du pouvoir par Hitler, fin de l’été 1933, ils veulent partir pour les États Unis : refus de visa. Ils essayent de gagner l’Espagne : pas de chance, refoulés, pas de visa non plus. Sans trop savoir pourquoi ils échouent en France qui n’en veut pas non plus mais qui ne les refoulent pas. Ils s’appelaient Aharon, Shalom, Ariel ouAda.

Ils survécurent au régime de Vichy, en rejoignant dans les Pyrénées les rangs de la Résistance, aux côtés de républicains espagnols, rescapés de la guerre civile. D’autres, n’eurent pas cette chance, pour eux le voyage s’arrêta dans les camps de concentration nazis ou ils furent exterminés ou dans le ghetto de Varsovie ou ils y moururent de faim.

Aujourd’hui, ils s’appellent Latifa, Ali, Ahmed et c’est par centaines de milliers qu’hommes, femmes et enfants quittent la Syrie, l’Irak, l’Érythrée, fuyant les dictatures d’Issayas Afewerki, de Bachar Al-Assad, les islamistes de Boko aram et de Daesh qui ravagent une partie de l’Afrique et tout le Proche-Orient.

Il n’y à aucun rapport entre les réfugiés qui fuyaient le nazisme et ceux d’aujourd’hui n’est ce pas ? Ça n’a rien à voir, ils ne sont pas massacrés méthodiquement comme le furent les frères et sœur de Shalom, Aharon, Ariel,Ada et tant d’autres ? 

Pas de rapport ! En êtes-vous sur ? Pensez-vous que ceux d’aujourd’hui, les Ali, Latifa, Ahmed et leurs frères d’infortune courent le risque de se noyer dans la Méditerranée, de mourir étouffés dans un camion, de crever de soif sur une route grecque, pour faire du tourisme social ou pour la seule recherche d’un emploi en Angleterre ?

Non, eux aussi fuient l’extermination : ils prennent le risque de mourir noyés, de crever comme des bêtes parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas d’autre l’alternative que celle d’être gazé, mitraillé, bombardé, affamé dans leurs pays d’origine. 

Effectivement, ce n’est pas la Shoah, mais ça y ressemble un peu tout de même…
Comment, d’ici quelques années, nommera-t-on cette marée humaine qui déferle vers l’Europe ? Comment justifiera-t-on dans nos livres d’histoire et nos lamentations officielles cet exode que nos gouvernements, tentent de réduire à une « crise » migratoire qui exigerait seulement quelques ajustements légaux dans la définition du statut de réfugié ?

Si Aharon, Shalom, Ariel ouAda étaient encore en vie, je pense qu’ils se reconnaîtraient en Ali, Ahmed, Mohamed et Latifa, même destin, même détresse. Ils reconnaîtraient aussi les arguments qui, en leur temps, leurs furent opposés à ces mêmes frontières : la situation économique en Europe qui ne permettait pas de les accueillir, de les intégrer, l’opinion publique n’était pas favorable aux étrangers, juifs et autres métèques étaient déjà bien trop nombreux pour qu’un gouvernement se risque à en accueillir davantage.

Soixante-quinze ans plus tard, le seul chef de gouvernement occidental qui prend actuellement la réelle mesure de la situation et qui propose des solutions humanitaires à la hauteur du drame qui se joue aux frontières de l’Europe est Angela Merkel. Allemande, elle sait, elle ne se réfugie pas dans des arguties juridiques, économiques ou politiques.

Quelle tristesse, de voir les divisions des états membres de l’union l’Européenne.
Quelle tristesse, de voir la France à la traine et sans initiative ou presque sur un sujet aussi grave
Quelle tristesse de voir nos dirigeants actuels, François Hollande et Manuel Vals tenir à quelques choses près un langage similaire à Michel Rocard, ancien premier ministre qui quelques années en arrières, confronté à un mouvement migratoire de moindre ampleur, venue d’ Afrique, avait cru régler le problème en déclarant que « l’Europe ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde ».

  • J’ai honte pour l’Europe !
  • J’ai honte pour la France !
  • J’ai honte de voir dans mon pays, le pays des droits de l’homme, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, autant d’égoïsme, de suffisance et d’arrogance de petite-bourgeoise satisfaite !
  • J’ai honte, parce que nos engagements internationaux et nos principes constitutionnels nousobligent à offrir une protection à toute personne persécutée, indépendamment de sa nationalité ou de toute autre déterminant d’appartenance.

Oui ! J’ai honte et ça me fait gerber, de voir que nos politicards de tout bords sont plus préoccupés par les futures échéances électorales que par le drame humanitaire qui se joue aux frontières de l’espace Schengen