Il ne comprend pas pourquoi ça ne tourne pas rond. Il tempeste contre les entreprises privées qui se laisseraient aller aux délices de la prospérité paresseuse, et avec ses grands airs, demande ou plutôt il exige d'elles qu'elles investissent. 
A l'entendre, grâce à lui, elles ont retrouvé un «bon niveau de taux de marge». Et comme si cela ne suffisait pas il accuse les chefs d'entreprise, qui se plaignent de ne pas ressentir la baisse des charges annoncée, de ne pas avoir changé de logiciel comptable ! Le fossé entre le discours politique et la réalité vécue sur le terrain ressemble de plus en plus à un gouffre infranchissable.

L'Insee l'annonce, les marges des entreprises «s'améliorent sensiblement» sur le premier trimestre. Cela va dans le bon sens et il est naturel que le Ministre s'en réjouisse. Pourtant, il est bien placé pour savoir que si le mouvement à son importance, le point de départ est primordial. Et d'où partons-nous ? Pas besoin d'être ministre de la République pour le savoir, une connexion Internet suffit, les marges des entreprises françaises sont parmi les plus mauvaises d'Europe, près de 10 points de moins que l'Allemagne, l'Italie et la Grande Bretagne.

Certes pour diverses PME le CICE a bel et bien eu des effets positifs, mais se n'est en revanche pas le cas de la baisse des cotisations familiales. Le Ministre des finances «oublie» de parler des hausses des cotisations retraites, des cotisations pour la prévoyance… Au final la baisse annoncée est, dans bien des cas, gommée par les hausses et le coût du travail ne baisse pas.... Ce coût demeure en France exorbitant. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un œil à l'étude annuelle de PWC sur le niveau de taxe dans le monde :
La France figure dans le peloton de tête en matière de charges sur le travail: 51,7% contre 16,2% au niveau mondial et 23,3% pour les pays de l'OCDE.

Ainsi donc, Monsieur Sapin vous mettez en demeure nos entrepreneurs d'investir alors qu’ils sont dans les derniers en matière de rentabilité et dans les premiers en matière de prélèvements ! Oui, mais pour vous, cela ne compte pas, et vous décrétez qu’ils en ont la capacité ! Que le gouvernement à fait son travail et que si le chômage est en hausse, c'est à cause des entrepreneurs qui n'investissent pas et qui n'embauchent pas.

Le problème Monsieur le Ministre, c’est que ce n'est pas comme cela que ça marche. Plusieurs facteurs doivent être réunis pour réaliser un investissement ou une embauche : un cadre favorable et des perspectives. Le cadre législatif et règlementaire français n'est certainement pas un facteur positif. Les multiples normes, autorisations préalables, rendent les investissements coûteux et hasardeux et les recrutements risqués. Même si les perspectives s'améliorent (ce qui semble être le cas), plus de flexibilité dans un cadre mieux adapté, alors les entrepreneurs n'hésiteront pas à prendre le risque d'investir et d'embaucher. Car c'est bien de cela dont il s'agit, entreprendre c'est mettre en perspective des risques de pertes et des espoirs de gains.

Mais avant d’invectiver les entrepreneurs et de les rendre responsable de la situation économique du pays, vous devriez vous poser des questions sur votre politique et sur votre propre logiciel.