Modeste bout de toile, accroché tendrement à leur taille et descendant jusqu'à leur pied, son principal usage était bien entendu, de protéger la robe en dessous, mais en plus de cela, il n’était pas seulement qu’un simple attribut vestimentaire mais un véritable outil polyvalent quasiment indispensable et indissociable de leurs quotidiens. 

 
Du levé au couché du soleil, suivant les circonstances, ses fonctions variaient, et en un tour de main il devenait :

  • Gant pour retirer la poêle brûlante du fourneau, ou de toilette pour nettoyer les frimousses salies.  
  • Mouchoir, pour éponger les larmes des enfants et essuyer leurs nez.
  • Manique pour sortir la tarte aux pommes du four et la poser sur le rebord de la fenêtre pour qu'elle y refroidisse.
  • Soufflet, lorsque agité au dessus du feu de bois il ranimait la flamme.
  • Abris pour les enfants timides, qui si réfugiaient.
  • Corbeille, pour ramasser fruits et champignons au début de l’automne.
  • Civière pour secourir l’agneau fatigué.
  • Linceul pour le lapin dodu objet de sacrifice les jours de fête ou de marché.

Dans le poulailler, il servait de panier pour transporter les œufs, mais aussi de couveuse pour les poussins à réanimer, et de poubelle pour les œufs fêlés qui finissaient dans le fourneau.
Dans le potager, il devenait manne pour de nombreux légumes : après que les haricots aient été récoltés, venait le tour des petits pois et puis celui des choux.
Et c'est encore lui qui servait de banne pour transbahuter les pommes de terre et le bois sec jusque dans la cuisine.
Il était surprenant de voir, quand visite impromptue, avec quelle rapidité le vieux tablier devenait chiffon doux pour faire la poussière. 
Comment à l'heure du repas, il remplaçait la cloche, dès qu’elles allaient sur le perron l’agiter, pour que les hommes de la maison sachent aussitôt qu'il était temps de venir se mettre à table. 
Et puis, le soir venant, lorsqu’il faisait plus frais, l’hiver et les jours de grands vents, il devenait fourreau pour réchauffer les bras, les mains noueuses et les doigts gourd de « mamie » Claire et de « mamette » Jeanne, de celles que je chéri et que j'ai tant aimé, de celles sans qui je n'aurais existé, des deux grands-mères qui m’ont élevé.