Ce dimanche, lors de gigantesques marchess qui ont lieu dans tout le pays, la France a symboliquement enterré ses morts.

Sans aucun doute, ce fut un moment fort. De par le nombre de participants à Paris et dans les autres villes du pays (on parle de plus de 3 millions de manifestants sur l’ensemble du territoire). De par la quasi-union nationale affichée par la classe politique française. De par la présence de nombre de dirigeants étrangers. De par, surtout, la tranquillité de ces manifestations qui se sont déroulées, dans le plus grand calme et une concorde manifeste.

En France – et au-delà –, on a subi un choc. Ces défilés en sont le signe flagrant.

Mais, on le sait, c’est le lendemain des grandes réunions, une fois que la vie doit reprendre, que tout se joue.

Pour les blessés – qui garderont dans leur chair la trace de ces attentats –, pour les proches des victimes – qui devront les enterrer vraiment et vivre un deuil à la longueur accrue par l’horreur des circonstances –, pour les témoins – qui ont vu ce qui ne devrait jamais être vu –, ces jours seront ceux de la convalescence, du soin, de la tristesse. Mais pour nous, pour le reste du pays. De quoi demain sera-t-il fait ?

Quel sens donner à cette manifestation ?

Pour « envoyer un message aux terroristes ». Mais les terroristes s’en foutent. Et même, en faisant preuve de cynisme, on pourrait dire que provoquer une telle réaction est le plus grand signe de leur réussite. Trois personnes qui en mettent 3 millions dans la rue, qui mobilisent une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement, c’est un ratio convenable.

Pour « défendre la liberté d’expression ». D’accord. Mais est-ce vraiment pour défendre la liberté d’expression qu’ont défilée Viktor Orban, le premier ministre hongrois ? Le premier ministre turc ? Tous deux dirigeants des pays qui n’hésitent pas à mener des politiques attentatoires aux libertés publiques, et à celles de la presse. 

Pour montrer que « la France est unie ». Mais la France est-elle vraiment unie ? Trois millions de Français dans la rue, c’est beaucoup qui n’y sont pas. Et pour des raisons qui sont très différentes : ceux qui s’en foutent, ceux qui approuvent, ceux qui ne veulent pas être à côté d’autres.

Pour montrer sa solidarité aux victimes et à leurs proches. C’est la raison la plus simple, la plus évidente. L’empathie. C’est un beau sentiment, mais c’est un sentiment. Est-ce qu’on peut faire de la politique à partir de là ?