La preuve qu’il peut y avoir des convergences entre
Europe-Ecologie et le PS
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Daniel Cohn-Bendit et Michel Sapin ont eu la même intuition. Pour les socialistes, ont-ils affirmé sans même se concerter, il n’y a qu’une solution qui vaille : prendre des vacances. Partir loin, tout oublier, se vider la tête pour revenir en meilleur état psychique. On conseillera une villégiature ensoleillée (la luminothérapie, c’est bon pour le moral) mais pas trop, car un brin de fraîcheur sera bienvenu après tous ces moments de surchauffe. Le conseil de Sandrine Blanchard, qui assure la chronique santé au Monde; une tisane de millepertuis avant le coucher. Franchement, compte tenu de ce qu’ils ont enduré au cours de la saison 2008-2009, le coup de calcaire qui, en plein juillet, a saisi les socialistes était prévisible. Un flash back s’impose. Ames sensibles, s’abstenir.

D’abord, il y eut le psychodrame de La Rochelle ; Pierre Moscovici séduit puis abandonné à la terrasse d’un bistrot du port. Ensuite, ce fut la guerre des tranchées de Reims où nous vîmes de nos yeux deux dirigeantes pro-Delanoë frappées en direct d’une crise d’urticaire au moment où Ségolène Royal entrait en scène. Dans la foulée, ce fut l’ahurissante soirée de poker menteur pendant la nuit des longs couteaux de l’élection de la première secrétaire. Vinrent ensuite la cérémonie d’intronisation de Martine Aubry à la Mutualité, dans une ambiance demi-deuil, et le déprimant Zénith des libertés. Sans oublier les récurrents départs en vrille de Ségolène Royal, tour à tour autoproclamée gourou d’Obama et gardienne de l’honneur bafoué de Jose-Luis Zapatero. Pour couronner le tout, nous eûmes droit à l’épique campagne européenne, longue série de moulinets dans le vide dont la seule image forte fut la réconciliation de Rezé. « Ici radio Solferino ; les socialistes parlent aux socialistes ». Score final : 16,4% des voix et encéphalogramme plat constaté lors du conseil national du 9 juin qui restera comme l’un des plus glauques.

Mettre les voiles jusqu’à la rentrée. Le conseil vaut tout particulièrement pour Martine Aubry et Manuel Valls. Ces deux-là, comme dirait Thierry Roland, ne partiront pas en vacances ensemble. Vu l’état de leurs relations, ce n’est pas plus mal. La première secrétaire ne supporte plus Solferino où elle ne passe pourtant que deux jours par semaine (elle gère le parti « à la petite semaine » remarque avec causticité Stéphane Rozès, cité par l’AFP). Les arrivées en TGV gare du Nord doivent donner le cafard à Martine Aubry. Dur métier que le sien. Les quadras ne manquent jamais de la renvoyer à sa conception « datée » du parti, en particulier son refus d’accepter le principe des primaires ouvertes (même les fabiusiens s’y sont ralliés, via Henri Weber). Les parallèles avec le naufrage du PCF sont devenus un tarte à la crème et ses homologues des autres partis de gauche ont répondu à peine poliment à sa gentille lettre proposant de constituer une petite « maison commune » dans la prairie avant les régionales. Son copain Dany l’éreinte joyeusement en jugeant que « l’écrit et les paroles de la lettre de Martine sont quand même largement dépassés ».

La missive expédiée à ce« cher Manuel », Martine Aubry l’a écrite  sans en référer à son entourage. Nombre de militants auront apprécié ce coup de sang. Le problème est que cet acte d’autorité, en suscitant une levée de boucliers de dirigeants qui ne portent pas forcément Valls dans leur cœur, a surtout établi que la première secrétaire n’avait plus trop les moyens de taper du poing sur la table. Mais elle en avait assez de souffrir en silence. Cela peut se comprendre. Reste que la question que d’aucuns se posent de moins en moins discrètement est ; Martine Aubry a-t-elle un désir d’avenir au poste qu’elle occupe. Ou, formulée plus brutalement ; combien de temps va-t-elle tenir ?
Manuel Valls, lui aussi, ferait bien d’actionner le coupe-circuit, sous peine de voir fondre non pas les plombs (c’est fait depuis longtemps) mais les câbles. Son œil noir qui foudroie au laser le vieux parti, son côté Speedy Gonzales socialiste toujours prêt à pratiquer l’agit’-provoc’, sa vocation de Lucky Luke capable de dégainer sa candidature plus vite que son ombre et sa manière de moderniser le PS au Kärcher (mais de gratifier l’assistance d’un discours de près de deux heures pour déclarer sa flamme présidentielle…) , tout cela lui permet d’engranger de la notoriété. Pourtant, il faudra bien un jour passer à autre chose. Tiens, tant que nous y sommes, on se permettra aussi de recommander une cure de sommeil à Michel « Rocky » Rocard. A force d’accepter les missions que lui commande Nicolas Sarkozy, il va devenir Michel « Duracell » Rocard.

On ne va quand même pas expédier tous ces socialistes en vacances sans leur glisser un petit mot d’encouragement. Une épidémie de grippe PS a déjà sévi en 1993, et ils s’en sont remis. Le nouveau virus est certes encore plus virulent mais s’ils en réchappent – allez, allez, c’est sans doute l’hypothèse la plus probable - ils auront emmagasiné une telle quantité d’anticorps que tout deviendra possible, comme dirait l’autre. Et puis, qu’ils se disent aussi que si leurs électeurs se sont fait plaisir en votant Cohn-Bendit aux européennes, il est moins probable qu’ils ressentent le même frisson en votant aux régionales pour une liste verte conduite par un Jean-Vincent Placé ou un autre écolo semi-inconnu. D’autant que, cette fois, la sanction, ce ne sera pas Rachida Dati à Strasbourg mais la droite à la tête de la région.


Alors, bonnes vacances à Martine, à Manuel et à vous tous, socialistes ou pas, qui fréquentez ce blog.

 

Jean-Michel Normand